Présentation du CREAM - LACNAD (INALCO)



 Actuellement, la France ne compte que fort peu d’équipes travaillant spécifiquement sur le Maghreb. C’est précisément le cas pour l’équipe CREAM (Centre de Recherches et d'Études sur l'Arabe Maghrébin) de l’INALCO. Notre approche s’appuie, et c’est un trait qui fait notre spécificité, sur une connaissance approfondie de la langue dans toute sa variation, sur les deux rives de la Méditerranée.

La création de cette équipe entendait répondre à un manque : une équipe travaillant sur le Maghreb, mais aussi sur l’immigration d’origine maghrébine en France et sur l’articulation entre les deux, ayant une connaissance de la langue et du terrain et permettant à plusieurs disciplines de collaborer et d’élaborer ensemble des réponses à des questions importantes qui se posent aujourd’hui à la société française.

L’équipe entend donc affirmer sa vocation à mener des recherches portant sur la langue (linguistique, sociolinguistique) et la littérature d’une part, et à développer un champ de plus en plus sollicité, celui des sciences humaines, en déployant de nouvelles approches, historique, sociologique et anthropologique.

L’équipe a pour objet la langue dans sa société : l’arabe maghrébin dans ses pays d’origine (Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Mauritanie, Malte) et en France. Elle aborde tous ses thèmes de recherche suivant ce double point de vue : ici et là-bas, en ayant soin de marquer l’articulation dynamique entre les deux dans tous ces domaines. Qu’il s’agisse de description linguistique de parlers ou de sociolinguistique, qu’il s’agisse aussi d’analyse de la création littéraire et artistique contemporaine ou des pratiques socio-culturelles et de leurs évolutions, Ainsi insistera-t-on, par exemple, sur le lien entre colonialisme et immigration, entre productions culturelles au Maghreb et en France - la chanson en offre, sans doute, l’un des meilleurs exemples - sur les influences, souvent heureuses mais souvent conflictuelles, qui s’exercent, entre les deux espaces, sur les différentes constructions des rapports de sexe, etc.
Un autre élément nouveau que nous entendons également promouvoir est celui de la question des langues régionales et minoritaires en Europe : la reconnaissance de l’« arabe dialectal » parmi les langues de France (dans le cadre de la signature le 7 mais 1999, par la France, de la Charte des Langues régionales et minoritaires du Conseil de l’Europe) nous a amenés à répondre à une demande très forte sur la situation française de cette langue et à participer à des manifestations européennes.

En liaison avec cette question, nous sommes conduits à nous investir dans des problématiques de formation, en suivant deux directions. La première, didactique, où nous nous interrogeons, en particulier, sur les pratiques d’enseignement et les contenus des programmes (ces derniers, par exemple, témoignent d’une visibilité insuffisante de l’élément nord-africain dans la société française). La seconde, pragmatique, en élaborant des modalités de transmission du savoir en matière de pratiques linguistiques an arabe maghrébin.

Il faut souligner qu’à cette demande de connaissance de la dimension maghrébine de la société française, dont nous pensons qu’elle demeure plus forte que jamais, nous tentons de répondre en articulant les données nationales à la situation actuellement observable dans les pays du Maghreb, tant il est vrai que le lien des citoyens concernés avec leur pays d’origine est toujours intense et que, surtout, la réalité observable ici n’est décryptable qu’en convoquant ce qui en constitue le soubassement culturel et symbolique.

Nous nous intéressons également à la question de l’éducation familiale en France, avec pour objectif de revisiter un certain nombre des analyses ayant cours actuellement, et ce grâce à la mise en commun de différentes démarches, celles des linguistes, des sociologues, anthropologues et historiens, aussi bien que des didacticiens, formateurs ou praticiens.

Nous mettons en avant l’idée de pluralité, celle des disciplines et des approches scientifiques. Cette pluralité n’est pas, à nos yeux, synonyme de division, elle conduit, au contraire, à une vision plus riche et plus pertinente de réalités complexes. Elle s’observe au Maghreb, sur les plans historique, culturel, religieux, linguistique, de même que dans l’apport maghrébin au sein d’une société française plurielle en construction, puisque s’y dénombrent aussi bien les rapatriés que les communautés juives et les différentes immigrations ‑ les seules, le plus souvent, à être prises en compte.

Notre recherche s’appuie sur la très longue tradition d’enseignement et de recherche sur l’arabe maghrébin à l’Ecole des Langues Orientales : le cours d’« arabe algérien » existe depuis 1864, sous l’appellation d’« arabe vulgaire », tandis que le terme d’« arabe Maghrébin » pour la chaire a été introduit en 1916. De plus, L’INALCO est le seul établissement en Europe (et probablement au monde) à offrir un cursus complet (avec des diplômes nationaux) en arabe maghrébin : Licence, Masters et Doctorat.


Parties intégrantes des activités de recherche de l’équipe LACNAD, les travaux scientifiques de l’équipe-composante CREAM se poursuivent selon quatre axes principaux :

  1. Dialectologie du Maghreb : Notamment variations, frontières linguistiques et situations de contacts (arabe/berbère)

  1. Systèmes grammaticaux en arabe maghrébin : Etude synchronique et diachronique. Notamment les systèmes verbaux : aspectualité, modalité et temporalité (en liaison avec la Fédération TUL)

  1. Sociolinguistique : ici et là-bas : arabe maghrébin, langue de France (situation et transmission), parlers jeunes ici et là-bas etc.

  1. Littératures en arabe maghrébin : genres traditionnels et développements contemporains. Elaboration d’outils de référence (anthologies et manuels).

  1. Acteurs et pratiques intellectuelles et culturelles : En situation de minorité et de diaspora (entre ici et là-bas). Créations en arabe maghrébin sur la scène culturelle française

Ces travaux donnent lieu à des séminaires de recherche, à des journées d’étude, conférences et colloques ainsi qu’à des participations (individuelles ou collectives) à des manifestations scientifiques internationales.